1. Le festin des parasites
La salle à manger de la vaste maison de style néo-Tudor de ma mère, située en banlieue, était un chef-d’œuvre de richesse ostentatoire et de perfectionnisme étouffant et agressif.
C’était le dimanche de Pâques. Vingt-cinq parents – tantes, oncles, cousins et autres membres de la famille – étaient assis entassés autour d’une immense table en chêne massif, fabriquée sur mesure. Le bois lourd pliait presque sous le poids d’un festin traiteur d’une extravagance inouïe. On y trouvait d’imposants plateaux à étages en argent garnis de côtes de bœuf, de jambons glacés luisants, de bols de purée de pommes de terre à la truffe et de carafes en cristal remplis d’un vin rouge corsé importé.
D’imposantes et ostentatoires compositions florales de lys blancs et d’orchidées dominaient le centre de la table, leur parfum lourd et entêtant luttant contre l’odeur de viande rôtie et la gaieté forcée et fragile des invités.
Tout en bout de table était assise ma mère, Eleanor Vance.
Elle portait un chemisier de soie vert émeraude taillé sur mesure, un lourd pendentif en diamant authentique scintillant agressivement à son cou. Elle tenait la cour comme un monarque régnante, la posture impeccable, le sourire croustillant et calculateur. Elle menait la conversation avec l’aisance d’une femme persuadée que ses opinions étaient des vérités incontestables.