J’ai appelé un agent immobilier.
Jeudi après-midi, j’avais signé l’acte de vente d’un petit chalet en bardeaux de cèdre, à moins d’un kilomètre du lieu de la réunion. Il n’avait rien d’extraordinaire, mais il offrait un accès au lac, une grande véranda, un titre de propriété clair et, surtout, il était à moi. Je l’avais acheté par le biais d’une société holding que mon comptable m’avait aidée à créer des années auparavant, après mon divorce, principalement pour des raisons de confidentialité et de séparation des biens. L’acte a été enregistré le jour même.
Vendredi soir, je suis arrivée avec mon chien, un sac pour la nuit, des courses et le calme apaisant qui accompagne le refus définitif de passer une audition pour un amour qui a déjà choisi quelqu’un d’autre.
Les deux premiers jours furent paisibles.
J’ai fait du kayak au lever du soleil. J’ai lu sur le quai. J’ai regardé les 4×4 de mes proches aller et venir du chalet en haut de la colline. Quelques cousins m’ont envoyé un texto en apercevant ma voiture. Mes réponses étaient brèves et polies. Ma mère ne m’a pas contacté du tout.
Ce qui me laissait penser qu’elle préparait quelque chose.
Elle est arrivée dimanche à 10h12.
Pas seul.
Son SUV argenté s’est garé dans mon allée de gravier, suivi d’une berline des services du comté et d’un pick-up beige que je ne reconnaissais pas. Du perron, j’ai vu ma mère descendre, vêtue d’un pantacourt blanc et d’un chemisier en lin bleu, arborant déjà cette expression qu’elle prenait lorsqu’elle était persuadée d’obtenir ce qu’elle voulait par la seule force de son élan. Paige est sortie à ses côtés, lunettes de soleil surdimensionnées sur le nez, le genre que portent les femmes qui cherchent à paraître à la fois glamour et fragiles. Un homme, un bloc-notes et un badge d’évaluateur à la main, est descendu de la voiture des services du comté. Et un adjoint du shérif, les larges épaules et en uniforme, est sorti du pick-up.